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Chronique cinéma : Silence de Martin Scorsese

La beauté des images et la virtuosité du réalisateur n’arrivent pas à faire oublier une rhétorique de la violence et de la perversité qui en fait un spectacle pénible.

En 1634, deux jeunes jésuites portugais demandent à partir au Japon à la recherche de leur ancien professeur, le père Ferreira, disparu et soupçonné d’avoir apostasié sous la torture. Là bas ils vont découvrir les persécutions et devoir affronter la souffrance physique, la torture morale et surtout la mise à l’épreuve de leur foi.


   

Chacun sait que Martin Scorsese est un grand réalisateur maintes fois primé. Les milieux chrétiens ont repéré aussi depuis Taxi driver qu’il est habité par une quête spirituelle authentique. Sur ces deux points ce film qu’il a porté pendant 30 ans répond à notre attente : Silence confirme tout à fait ces deux caractéristiques, nous donnant à voir des paysages somptueux, une mise en images efficace et un questionnement théologique.

À mon sens la difficulté est dans le choix du sujet : comme pour La dernière tentation du Christ où Scorsese transposait à l’écran les interrogations de Kazantzakis, le scénario reprend très fidèlement le roman du Japonais Shûsaku Endô. En passant du livre au film, du textuel au visuel, le réalisateur change de « grammaire ». « Toute technique est grosse d’une métaphysique » nous a appris Jean-Paul Sartre, c’est à dire qu’en faisant des gros plans sur des croix et le fameux efumi (icône que les chrétiens sont appelés à piétiner pour sauver leur vie), le film induit une sacralisation des objets qui me semble dangereuse. (D’ailleurs Scorsese ajoute au livre un dernier plan de crucifix – qui, au-delà d’un effet de surprise, suggère un autre dénouement). Depuis l’Incarnation c’est la personne humaine qui est sacrée. Selon la belle formule de saint Irénée, Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu. Et dans Silence les hommes souffrent et sont maltraités, torturés, persécutés avec un raffinement pervers. C’est pourquoi ce film ne me semble pas honorer la spiritualité chrétienne. Ceci dit, les questionnements posés qui respectent la réalité historique des persécutions subies par les chrétiens au XVIIème dans le Japon fraîchement évangélisé par Saint François Xavier, sont tout à fait intéressants mais un texte écrit qui permet des développements théologiques convient mieux qu’un film pour les évoquer. Ou alors il faut le talent de scénariste de Jean-Claude Carrière dans La controverse de Valladolid .

J’ajouterai que dans notre paysage socio-culturel de laïcité, ces scènes pénibles de martyres sont perçues comme une preuve de plus que la religion engendre le fanatisme et génère la violence. Si bien que cette œuvre qui pourrait être support d’évangélisation, devient un contre-témoignage, donnant l’occasion à tel ou telle de mettre en accusation la mission et d’évoquer l’Inquisition catholique.

Michèle Debidour





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