Aujourd'hui 20 novembre nous fêtons : Saint Edmond le Martyr - roi d’Est-Anglia, (...)

Diocèse de Valence

Facebook
    Vous aimez cet article?
    Partagez le.


    Vous aimez ce site, dites le sur Facebook !
La clé de l’église

Le récent synode, consacré à l’évangélisation dans le diocèse, stipule (décret 32) que « chaque paroisse organise l’ouverture et l’aménagement de ses églises, en tenant compte des réalités locales, en fonction de ses moyens humains, techniques et économiques. » Le seul fait qu’une église soit habituellement ouverte, cela dit en effet quelque chose de l’Eglise et du Christ, c’est une humble façon de manifester qu’il y a une nouvelle et qu’elle est bonne.


   

Je voudrais en témoigner, moi qui depuis plus de trente ans assume la responsabilité de détenir une clé de l’église de mon village, de façon à l’ouvrir le matin et la fermer le soir.

Pour commencer, un peu d’histoire.
Il y a, donc, une trentaine d’années, me rendant compte qu’il était précieux de pouvoir prier dans l’église, habituellement fermée, j’avais demandé à disposer d’une clé, ce qu’on m’avait accordé sans problème. Je dis « on » parce que je ne me souviens plus de qui c’était exactement, ni si la personne en question agissait en son nom propre ou au nom d’un conseil pastoral local. Toujours est-il que peu à peu j’ai pris conscience de ce qu’il y avait d’injuste dans le fait de disposer de la clé de l’église et d’en limiter l’usage à mon seul profit. J’ai donc fait circuler l’idée qu’on pourrait bien laisser l’église ouverte dans la journée, et que, puisque j’habitais à cinquante mètres, je me chargerais volontiers de l’ouvrir le matin et de la fermer le soir. Il y eut d’abord quelques réticences : n’importe qui va pouvoir entrer, et voler ceci, et abîmer cela, ça s’est déjà vu, ici, et là ... Mais assez rapidement l’ouverture régulière de l’église par mes soins, devint un fait accompli. Là encore, je ne me souviens pas qu’un conseil pastoral ait pris à ce sujet une décision explicite.
Il m’importe de revenir sur cet historique. En effet nous ne sommes pas, et n’avons jamais été dans le cadre du décret synodal susdit. Ici l’église est ouverte. C’est
comme ça. D’habitude, c’est A-M. qui s’en occupe. Quand elle doit s’absenter, elle s’arrange pour se faire remplacer, c’est comme ça. Je veux dire que finalement j’assume depuis de longues années une responsabilité qui ne m’a jamais été explicitement confiée, qui ne correspond à aucune lettre de mission. On dira : ce n’est pas grave, il n’y a pas non plus de lettre de mission pour le balayage ou le fleurissement de l’église, ou l’installation de tout ce qu’il faut pour les diverses célébrations, ou pour d’autres tâches très humbles accomplies fidèlement par d’obscurs bénévoles.
Peut–être que ces humbles tâches mériteraient elles aussi de faire l’objet d’un
envoi en mission. En tout cas, pour celle dont je traite ici, l’expérience montre qu’il ne
s’agit pas d’un petit service de rien du tout, qui se limiterait au maniement d’une clé,
insignifiant mécanisme qu’on pourrait d’ailleurs commander à distance, bien à l’abri, sans sortir de chez soi.

Pour en faire comprendre la dimension proprement pastorale, j’aimerais décrire par le menu tous les espaces successifs que je traverse matin et soir, la clé à la main, sur ce court chemin de chez moi à l’église. Et donc évoquer ceux et celles que je rencontre sur ce parcours. Je préciserai d’abord que la densité et la nature de ces rencontres sont évidemment variables, notamment du fait des saisons. En hiver personne ne s’attarde dehors, et quand je ferme il fait nuit …

Commençons par le parking, devant lequel je me trouve tout de suite en sortant de chez moi. Là, le soir, il est bien rare que je ne tombe pas sur tel ou telle voisin ou
voisine qui rentre. Et alors au minimum nous nous saluons, mais assez souvent nous
échangeons quelques nouvelles : qui est nouveau dans le quartier, qui a perdu son
emploi, qui vient de décrocher un CDI, qui est malade, et s’il va mieux, qui est né, qui est mort ...
Derrière le parking, il y a le terrain de boules. Alors là, et d’autant plus qu’il fait
beau, je suis amenée à saluer les joueurs. Parfois des familles, des couples. Souvent une bande de jeunes, surtout des garçons, quelquefois avec des chiens soigneusement muselés et attachés, de la musique enregistrée qui sort des voitures ouvertes, des bouteilles de coca cola, de bière, ou d’alcools plus forts dont on retrouve parfois le cadavre au petit matin. Je salue toujours. Parfois on répond à mon salut. Je finis par connaître quelques visages, quelques prénoms, et bien sûr les chiens.
Sur ma gauche, il y a une aire de jeux pour enfants, avec des bancs pour les adultes. C’est plus loin, mais c’est de là que je suis le plus visible lorsque j’officie. J’ai su qu’une fillette habituée du lieu m’appelait « la dame de l’église ».
J’avance de quelques mètres, et j’ai maintenant sur ma gauche une petite
pelouse ombragée par trois tilleuls bravement vivants malgré les ravages dus à des tailles anciennes particulièrement inexpertes. Il y a deux bancs et, le soir à l’heure où je ferme, il n’est pas rare que j’échange quelques mots avec telle personne âgée qui régulièrement se repose là, histoire de faire halte au milieu d’une promenade ou d’une course vers la supérette toute proche. Ou bien sur les mêmes bancs il y a des jeunes du quartier, plutôt des garçons, souvent une ou deux filles, qui téléphonent chacun dans son coin, mangent des chips, boivent du coca cola. Je reconnais des visages. Je rencontre des regards. Ou pas. Nous nous saluons. Ou pas. S’il y en a un ou une que je connais, je le salue systématiquement par son prénom. Parfois cela me donne l’occasion d’en apprendre un nouveau.
Quelques pas encore, et me voilà tout près de l’église.
A ma droite, l’école. C’est le matin que je rencontre les écoliers, surtout l’hiver ou quand il pleut : ils se terrent devant l’entrée de l’église, sous une espèce d’auvent qui les protège de la pluie, du vent, du froid. Alors : « Excusez-moi, je voudrais juste ouvrir la porte… » Ils s’écartent, indifférents. « Merci ! »
Mais l’église a un autre avantage pour eux : un large parvis avec quelques marches. Une aubaine à leurs heures de liberté : ils s’y exercent avec ardeur à toutes sortes d’acrobaties en vélo. Je me faufile au milieu de leurs rondes, ils sont tout à leur affaire, il est rare que je rencontre leurs visages.
Le soir, devant la porte de l’église, sous l’auvent, je trouve de temps à autre tel
ou tel garçon qui pianote sur son smartphone. « Bonjour, voyez, je viens juste fermer la porte de l’église, mais avant je vais vérifier qu’il n’y a personne à l’intérieur. » Parfois,
rencontrant un regard ou même un sourire, je dis quelque chose comme : « Vous attendez quelqu’un ?... » Et la conversation s’engage, ou pas.
L’église est très proche de la salle des fêtes. Les samedi soir, lorsqu’il y a un mariage, ou un anniversaire, ou tout autre réjouissance, je peux me trouver en face d’une foule d’invités assis sur les marches de l’église, adultes, enfants, frites, biscuits apéritifs, gobelets, comme une extension de la fête. La clé à la main je dois me frayer un chemin : « Voyez, je vais juste fermer l’église, mais avant j’entre pour m’assurer qu’il n’y a personne à l’intérieur... » Ils me laissent passer, indifférents ou bienveillants. Parfois des enfants, intrigués par l’ombre qu’ils aperçoivent à l’intérieur, s’approchent de l’entrée, juste pour voir. Je les laisse regarder...






                Hébergement: C.E.F | Suivre la vie du site RSS 2.0 | SPIP