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Diocèse de Valence

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“Le Verbe s’est fait frère"
   

En prêchant une récollection à des laïcs en mars 1996, Christian de Chergé disait : “Normalement, un moine ne peut aider des frères et des sœurs à cheminer vers Dieu que dans son lieu et avec sa communauté. Mais il est vrai que notre lieu est un peu difficile d’accès actuellement. Notre évêque m’a dit : "Il est plus facile de déplacer le strapontin que le piano !" Je voudrais vous dire cependant que nous avons tous à faire un "déplacement", vous ne vous en tirerez pas à si bon compte ! Si nous voulons entrer dans une vraie remise en face du Seigneur et lui laisser l’initiative, il faut que nous soyons prêts à nous laisser déplacer."
Comme les laïcs d’Alger, nous ne pouvons plus monter à Tibhirine pour y rencontrer Christian de Chergé et ses frères, mais le déplacement intérieur est à notre portée, toujours et encore d’actualité...

L’Institut de Sciences et Théologie des Religions de Marseille a créé, en 2002, un laboratoire de recherche sur les écrits des moines. Ce groupe a travaillé sur des documents de première main et il a régulièrement présenté l’état de sa recherche au cours de journées d’études de l’institut. Quelques-unes de ces communications ont été publiées dans Chemins de Dialogue. Responsable du laboratoire et directeur de l’institut, Christian Salenson a permis à un public large de méditer des passages de Christian de Chergé dans la collection Prier 15 jours avec et a proposé les fondements de la théologie du prieur de Tibhirine dans Christian de Chergé, une théologie de l’espérance . Anne-Noëlle Clément, directrice du centre œcuménique Unité Chrétienne à Lyon et chargée de formation dans le diocèse de Valence, collabore depuis le début à cette recherche théologique. Christophe Purgu, prêtre du diocèse de Marseille, y apporte son expérience pastorale. De son côté, Roger Michel, islamologue et enseignant à l’ISTR, anime chaque année depuis 1999 à l’abbaye d’Aiguebelle une rencontre islamo-chrétienne permettant de recueillir le témoignage de foi et de fraternité de Tibhirine pour en vivre ici et aujourd’hui . Depuis 2007, les journées d’études se sont ouvertes à d’autres experts monastiques et chercheurs. Sr. Bénédicte Avon, entrée au monastère cistercien Notre-Dame de Bon Secours à Blauvac après avoir été bouleversée par la lecture du journal de frère Christophe, a depuis intégré ce groupe de travail.

Nous avons été déplacés dans notre foi et dans notre vie spirituelle par ces écrits. En effet, le prieur de Tibhirine imagine que les deux montants de l’échelle mystique de la spiritualité monastique puissent être deux traditions religieuses, ici l’islam et le christianisme, et ainsi les deux peuvent contribuer à un authentique progrès spirituel. Il fait l’expérience, à plusieurs reprises et de plusieurs manières, d’une prière commune avec des musulmans. Il cherche dans l’Évangile une attitude proprement chrétienne à adopter dans la vie quotidienne du monastère cistercien en terre d’islam. Il est un lecteur assidu du Coran et croit possible une véritable lectio divina du texte sacré de l’islam. Il ose parler du mystère pascal, central pour les chrétiens, avec des musulmans qui lisent dans le Coran que Jésus n’est pas réellement mort sur la croix. Aux heures terribles de la fureur, quand l’Algérie est à feu et à sang, le prieur de Tibhirine affirme qu’il est non seulement le gardien de ses frères moines, mais encore celui des terroristes du GIA, justement appelés les “frères de la montagne" par la communauté. Pressentant leur mort violente, il encourage ses compagnons à être jusqu’au bout témoins de l’espérance au-delà de la peur.

Aujourd’hui nous publions ce livre. Nous avons voulu mettre à la disposition du lecteur quelques textes choisis. Il y en aurait bien d’autres. Nous savons par expérience que l’on peut se perdre dans les écrits. Les chapitres ou les homélies sont des actes monastiques. Ils n’ont pas été écrits pour être lus de manière cursive et ils peuvent déconcerter le lecteur. Rédigés dans un langage accessible à tous, ils ne présentent pas de difficultés particulières de compréhension, mais nous savons aussi par une longue expérience que ces textes, longuement muris à l’ombre du cloître ne distillent leur sens que peu à peu. Il faut les porter patiemment pour qu’au-delà du premier niveau de lecture d’autres sens puissent nous apparaître. C’est la raison pour laquelle, nous avons accompagné ces textes d’un commentaire personnel. Chacun a rédigé avec son style propre, puis nous avons relu ensemble chaque contribution, souvent émerveillés de trouver des trésors de sens caché qu’une première lecture ne nous avait pas livrés. Nous offrons ces commentaires aux lecteurs, sans autre prétention que de partager avec eux cette foi qui nous anime et l’assurance que ce don qui nous est fait dans la vie et l’œuvre de ces frères, déjà reconnus comme martyrs par Jean Paul II dans la célébration au Colisée des témoins de la foi du XXème siècle, doit être accueilli avec délicatesse et reconnaissance. Dieu parle par les signes des temps.

Le verbe s’est fait frère
A.N. Clément, C. Salenson, Sr. B Avon, R. Michel
Editions Bayard, 17 €






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