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Diocèse de Valence

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Vidéo, P. Charignon "un Drômois au Japon", dossier église Catholique au Japon

A l’occasion d’une visite à Tokyo, nous avons rencontré Pierre Charignon, ancien vicaire général du diocèse de Valence. Il réside dans un logement des MEP (prêtres de missions étrangères de Paris) et semble s’être accoutumé à la vie urbaine dans cette mégalopole qu’est Tokyo, comme en témoigne cette vidéo.

L’occasion aussi d’interviews croisées du P. Antoine de Monjour du diocèse de Nanterre , envoyé avec les MEP (Missions étrangères de Paris) pour le diocèse Saïtama et du P. Pierre Charignon.


   

Vidéo

Son japonais n’est pas encore tout à fait fluide mais il s’efforce constamment de déchiffrer les inscriptions nippones qu’il rencontre.
Sa joie de vivre ne l’a pas quitté , accueilli chaleureusement par la communauté catholique francophone constituée de personnes d’horizons très divers avec lesquelles il partage de bons moments ecclésiaux et amicaux.

Interview P. Antoine de Monjour

Interviews croisées du P. Antoine de Monjour du diocèse de Nanterre , envoyé avec les MEP (Missions étrangères de Paris) pour le diocèse Saïtama.
Et du P. Pierre Charignon, du diocèse de Valence, envoyé à Tokyo pour une mission auprès de la communauté francophone du Japon.

Antoine de Monjour : arrivé il y a 22 ans à Tokyo
Qui êtes-vous ? Quel est votre mission ?
Que pouvez-vous nous dire de l’Eglise au Japon : historique, contexte actuel, caractéristiques, missions, difficultés, espoirs ?

Les MEP sont une société de prêtres diocésains fondés au XVIIème s pour fonder et organiser des Eglises en Asie (Thaïlande, Vietnam, Chine, Cambodge, Inde, Laos, Japon, Corée, Malaisie, Singapour, Birmanie, etc). Pour qu’un jour, ces Eglises soient majoritairement constituées par les autochtones et que prêtres et évêques soient autonomes.
Pourquoi continuer aujourd’hui ? il s’agit de se mettre aujourd’hui au service de ces Eglises : annonce de l’Evangile, formation des prêtres et vivre avec le clergé local sous l’autorité d’un évêque local. Les évêques attendent que nous soyons de bons curés, de bons formateurs de curés ; pour d’autres il est essentiel d’aller rejoindre les personnes en marge de la société.
Ma mission m’envoie donc essentiellement auprès des japonais.

Un jeune chrétien japonais est souvent un peu en marge de la société japonaise, engagé ailleurs. Mon travail pastoral est classique dans la paroisse et il se situe aussi à la périphérie : handicapés, JOC, aide sociale, accueil des étrangers.

L’Eglise au Japon a été fondée par St Fr-Xavier 1549 . Elle a très vite grossi et a rencontré l’incompréhension : les autorités japonaises ont confondu travail missionnaire avec pouvoir politique : le Christianisme est interdit par le gouvernement japonais dès 1613. De plus le Japon maintient jusqu’au milieu du XIXème s une politique de fermeture rigoureuse de ses ports aux étrangers.
Cependant certains ont été persécutés : il s’en suit un exil et une expansion souterraine dans tout le Japon. Le Père Cadillac allait visiter les chrétiens avec l’autorisation officielle. Mais les chrétiens se sont cachés : 250 ans après, certains prêtres s’immiscent malgré tout dans le sud du Japon à Nagasaki ; C’est ainsi que le Père Petitjean alors qu’il priait dans une chapelle installée en hauteur, a découvert le 17 mars 1865 des chrétiens : près de 10 000 !
C’est le redémarrage de l’Eglise ; la constitution de 1889 a rendu la liberté religieuse dans le pays.

Aujourd’hui l’Eglise reste petite, environ un demi-million de japonais catholiques et aussi des catholiques non japonais ( migrants pour la main d’œuvre : latino-américains diplômés ou parfois descendants de japonais)
Dans mon diocèse de 13 M d’habitants, on estime à 25 000 les catholiques japonais et 100 000 catholiques non japonais.

Comment les accueillir ?
Imprimer des livrets en toutes les langues : portugais, espagnol, anglais, tagalog (philippin).
2ème étape : célébrer la messe dans leurs langues : d’où des messes séparées.
3ème étape : les messes séparées forment des communautés éclatées.

Ce n’est pas l’Eglise du Japon mais l’Eglise qui est au Japon ( la partie de l’Eglise )
Après une génération, il est proposé aux personnes d’assister à la messe en japonais.
Peu de jeunes participent et les communautés sont plutôt concentrées en ville avec une nuance : du collège jusqu’à l’université les jeunes ne peuvent pas venir à l’Eglise le dimanche car ils fréquentent les clubs « librement obligatoires » ( activités organisées par les écoles le dimanche et pendant les vacances).
Un point fort est le réseau d’institutions catholiques qui assurent l’enseignement de la maternelle à l’université : elles jouissent d’une très bonne réputation à tout point de vue.
Aucune référence religieuse dans la société au Japon. Les chrétiens sont « une belle branche pour se poser ».
Certains catéchumènes ont eu un parcours difficile et l’Eglise est alors le seul lieu où ils se sentent accueillis.
Le travail génère beaucoup de stress au Japon et entretient la peur de l’échec : tu dois réussir, assène-t-on à tous. Les enfants très souvent n’ont pas de lieu pour rencontrer leurs parents. Les parents travaillent trop, ils n’ont pas de vacances…

Pour conclure quel serait votre souhait pour l’Eglise au Japon ?
Dans mon ministère paroissial, je sens un besoin d’avoir un lieu plus missionnaire plus fondamental à l’extérieur de la paroisse : comme ce centre pour handicapés (qui ressemble à l’Arche ou Emmaüs) où je rencontre les parents, les éducateurs. J’y travaille comme volontaire . Ma présence les stimule je suis à côté d’eux , gratuitement, juste pour eux et c’est un équilibre pour moi.
Dans ma prochaine mission, je dois être vigilant pour garder un équilibre dans la vie missionnaire… lire la Bible avec des alcooliques anonymes peut-être…

Interview P. Pierre Charignon

Arrivé depuis quelques mois.

Qui êtes-vous ? Quel est votre mission ?
Je suis envoyé par le diocèse de Valence pour une mission de 3 ans renouvelable une fois comme aumônier de la communauté catholique francophone du Japon. Ma mission est accompagnée par le Service de la Mission universelle de la CEF et je suis accueilli dans la maison des MEP à Tokyo.

Que pouvez-vous nous dire de l’Eglise au Japon : historique, contexte actuel, caractéristiques, missions, difficultés, espoirs ?

Ce que je perçois de l’histoire de l’Eglise au Japon :
C’est essentiellement le sud le Kyushu qui est le lieu historique du début de l’évangélisation avec François-Xavier et les premiers martyrs : lieu des chrétiens cachés pendant 250 ans et aujourd’hui c’est la région où l’Eglise est la plus vivante. Dans les autres lieux, notamment Tokyo on ressent un complexe d’infériorité qui se traduit aussi par un manque de dynamisme.

A Tokyo, les lieux les plus vivants sont animés par les grandes congrégations : Jésuites, Franciscains, Dominicains. On note très peu de vocations actuellement. Donc pas mal de prêtres étrangers : coréens, philippins, vietnamiens...
La liturgie est un savoureux mélange de liturgie romaine et de coutumes locales : par exemple le lavabo où le prêtre trempe les mains dans un petit bassin, la façon de saluer, le peu d’encouragement à être à genoux, le geste de paix qui est une inclinaison du corps avec les mains jointes...
L’animateur de chant est aussi maître de cérémonie et dit quand se lever et s’assoir. On retrouve dans la liturgie une caractéristique de la culture japonaise : uniformité et règlement. Ce qui signifie que tout le monde doit faire pareil : posture après la communion…

Certains fidèles japonais préfèrent rejoindre les communautés étrangères comme la communauté francophone parce qu’ils les trouvent plus joyeuses. Dans la culture japonaise, on ne manifeste pas ses émotions. Certains souhaitent manifester leur joie, en particulier par le chant.

J’ai participé à 2 évènements diocésains importants à la cathédrale : un Te Deum (une action de grâce) quelques jours après Noël sous forme d’un temps de prière d’une heure auquel participait la quasi-totalité des prêtres du diocèse ( environ 200). Les prêtres sont dans la nef. Seuls l’évêque et quelques assistants sont dans le chœur. Cette cérémonie est habituelle au Japon pour rendre grâce de toute l’année passée, assez proche de ce que font les bouddhistes. L’évêque fait un bilan de l’année et des perspectives de la nouvelle année. Il annonce les nominations qui prendront effet après Pâques (l’année scolaire et universitaire débute en avril) et le rassemblement se poursuit par un repas festif.
La messe chrismale, célébrée le jeudi matin, est vraiment similaire à celle de Valence.

A ces 2 occasions, on perçoit une réelle joie de se rencontrer et de se retrouver entre les prêtres.
Dans le travail quotidien, ils sont souvent assez isolés.
A la messe chrismale, la nef est pleine de fidèles et cette année il y a eu une admission d’un séminariste. Il y a peu de diacres permanents au Japon : un seul à Tokyo. A la messe chrismale il y avait trois diacres : deux séminaristes et le diacre permanent. La célébration a été suivie d’un repas rapide car les prêtres doivent récupérer les saintes huiles et compter leur temps de transport toujours très long.
La communauté catholique francophone de Tokyo est la seule pour les francophones du territoire japonais. Son site internet est une mine d’informations et permet de formuler des requêtes et de bien accueillir les gens de passage. La communauté est composée de familles francophones expatriées de 2 à 4 ans pour raisons professionnelles, de français vivant au Japon depuis longtemps, famille franco japonaises, familles belges ou suisses, italiens, Bénin, Cameroun, Congo Brazzaville, RDC, Côte d’Ivoire, Burkina , ainsi que quelques japonais francophiles.
Nombreux points forts : renouvellement des personnes et des engagements, catéchistes, équipe pastorale, conseil pastoral , chorale.
Les catéchumènes sont de tous les âges : six ans, dix ou douze ans , adultes.

L’aumônier de la communauté catholique francophone a un rôle de représentation auprès des autorités civiles ( ambassadeur et consul). Il est important de répondre volontiers aux invitations, d’être présent aux célébrations officielles et de participer aux évènements. Il s’agit de faire vivre l’interface entre la France et l’Eglise en terre nippone.

L’aumônerie catholique a aussi un objectif de solidarité : en tant qu’association, nous faisons partie d’un collectif d’associations qui se préoccuppent des ressortissants en difficultés ( détenus, désunions franco-japonaises, solitudes, pauvretés…) La communauté catholique apporte un soutien humain d’écoute et d’attention.
Pour conclure quel serait votre souhait pour l’Eglise au Japon ?

Un de mes souhaits : que la communauté catholique francophone soit plus en prise avec les réalités d’autres confessions. Afin d’éviter le risque de fonctionner en autarcie, s’ouvrir toujours d’avantage aux autres croyants.

Histoire du Catholicisme au Japon

Récit extrait du livre d’É. Milcent, Le Christ au Japon, publié aux éditions Téqui en 1979.

Un mois environ après l’inauguration de l’église d’Oura, le 17 mars 1865, le P. Petitjean vit de sa fenêtre un groupe de douze à quinze personnes,hommes, femmes et enfants, qui se tenaient avec respect devant la porte fermée de l’édifice.

Il ressentit une impulsion intérieure le poussant à aller trouver ces gens, et alla ouvrir la porte de l’église. Il précéda dans la nef les visiteurs, en priant intensément. Il s’agenouilla devant l’autel et adressa au Christ de l’Eucharistie une fervente prière : "Je conjurais le Seigneur, écrit-il, de mettre sur mes lèvres des paroles propres à toucher les cœurs et à Lui gagner des adorateurs parmi ceux qui m’entouraient".

Et voilà que, pendant qu’il priait, trois femmes de cinquante à soixante ans s’agenouillèrent tout près de lui. L’une d’elles mit sa main sur la poitrine et lui dit à voix basse : "Notre cœur à nous tous qui sommes ici est le même que le vôtre". Et la conversation s’engagea : "Vraiment ? Mais d’où êtes-vous donc ?" "Nous sommes tous d’Urakami. A Urakami, presque tous ont le même cœur que nous". Et aussitôt la femme qui avait répondu posa à son tour une question : "Où est la statue de sainte Marie (sancta Maria) ? "

Le P. Petitjean n’eut plus alors aucun doute : il était bien en présence de descendants des anciens chrétiens. Il conduisit le groupe devant la statue de la Sainte Vierge. De nouveau tous s’agenouillèrent et se mirent à prier. Mais ils ne pouvaient contenir davantage la joie qui débordait de leur cœur : "Oui, c’est bien la Sainte Vierge. Voyez sur son bras son divin Fils Jésus".

La confiance établie, les questions se mirent à pleuvoir au sujet de Deus-sama, Jesus-sama, Maria-sama (sama est un suffixe qu’on ajoute au nom des personnes, qui signifie quelque chose comme Monseigneur). Puis les visiteurs en vinrent à donner une idée de leur vie chrétienne : "Nous faisons la fête du Seigneur Jésus au vingt-cinquième jour de la gelée blanche. On nous a enseigné que ce jour-là il est né dans une étable, puis qu’il a grandi dans la pauvreté et la souffrance, et qu’à trente trois ans pour le salut de nos âmes il est mort sur la croix. En ce moment nous sommes au temps du chagrin. Avez-vous vous aussi ces solennités ?"

Le P. Petitjean, qui avait compris qu’il s’agissait du carême, répondit : "Oui, nous sommes aujourd’hui le dix-septième jour du temps chagrin..."
Ainsi l’espoir qu’avaient au cœur tous les missionnaires ayant pu pénétrer au Japon ces dernières années, n’était pas vain. Il y avait bien encore en cette fin du XIXe siècle des descendants des anciens chrétiens restés fidèles à la foi de leurs ancêtres, malgré plus de deux cents ans de fermeture du Japon à l’étranger, durant lesquels toute manifestation visible d’appartenance au christianisme avait été sévèrement proscrite.

Pendant ces deux cents ans les chrétiens avaient vécu sans aucun prêtre pour leur administrer les sacrements ou leur venir en aide, sans
possibilité d’entrer en relation avec l’Église dans le reste du monde. Et pourtant ils avaient gardé "le même cœur" que les chrétiens d’Europe.


Anne-Véronique Blete





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